C'EST QUOI UN POETE ?
« DIS MAMAN, C'EST QUOI « LE CŒUR DE LA VALLEE DES POETES ? »
Comme nous franchissions le panneau d'arrivée de la commune de Marmanhac, la voix claire de ma fille retentit dans l'habitacle de la voiture me sortant de mes pensées. « Maman, ça veut dire quoi le cœur de la vallée des poètes ? »
Le cœur de la vallée des poètes, la vallée du cœur des poètes, les poètes de cœur de la vallée… Voilà, ma vieille manie de jouer avec les mots me reprend…comment lui expliquer, par quoi commencer…les poètes, la poésie…la vallée ou le cœur…Je crois qu'au fond tout est dans ces mots…
Rêveur, maudit, romantique, fantaisiste et enfantin, le poète revêt mille facettes.
Acrobate des mots et des émotions, il manie la prose et la rime, le rythme la musique, l'endroit et l'envers des mots.
Ici le terreau de l'Authre inspire, le terreau nourrit, respire la poésie. Le calme invite au voyage intérieur. Le cadre est là, reste à le remplir et à choisir pour le faire les mots et les sons qu'il faut.
Quelques hommes qu'on appelle poètes ont respiré et traduit ce terroir, marquant l'histoire de la littérature, et imprimant sur Marmanhac et ses alentours la marque d'un espace à part. Un espace où l'art se cache un peu partout et vous appelle… La preuve !
Camille Gandilhon Gens d'Armes : (Murat, 2 février 1871 - Bordeaux, 22 juillet 1948) était un traducteur, critique littéraire et poète français. Il a laissé des recueils de poèmes (tels que Poèmes Arvernes en 1927) exaltant le patriotisme et l'amour de la terre natale.
Bien que natif de Murat, il a longtemps habité au hameau de Vercueyres à Laroquevieille. Une habitante du village se souvient:
« Il portait une petite barbichette, un chapeau et marchait d'un pas sûr et d'une démarche impérieuse.
Sa femme, grande et vêtue de toilettes sobres, portait un ruban en velours à son cou, un chignon, ce qui lui donnait un air strict et autoritaire. Elle nous faisait le catéchisme dans la grande pièce de leur maison familiale de Vercuères. Il est mort alors que j'avais 12 ans, en 1948. Malgré des airs rigoureux, cette famille était extrêmement chaleureuse.»
C'est lui qui a donné ce joli nom à notre vallée, en mémoire de tous les poètes à qui elle a donné le jour, où qu'elle a accueillis en terre d'adoption, en pensant notamment à l'Abbé Joseph PATISSON, à Fernand PRAX et bien d'autres.
Fernand Prax : (Marmanhac, 28 juin 1890 - Arpajon-sur-Cère, 1970) est un poète, félibrige, poète français de langue auvergnate.
Né au hameau de Mézergues, à Marmanhac au cœur du Cantal en 1890, Fernand Prax après l'école primaire de son village, poursuit ses études au Petit Séminaire de Pleaux, puis au Lycée d'Aurillac où il étudie la philosophie, le latin et le grec, la littérature moderne et classique.Virgile et Homère seront ses maîtres à penser.
Il travaille avec son père, marchand de vins, ce qui l'amène à faire de fréquents voyages en Pays d'Oc où les vignerons parlent sa langue, son « patois », la langue d'Oc. Son temps libre, il le passe à la chasse, où son amour de la nature lui inspire des lignes poétiques, et à la lecture, où il parfait sa connaissance des œuvres d'Arsène Vermenouze, de Frédéric Mistral, amoureux comme lui de la terre et de la langue d'oc.
En 1924 il adhère à « l'Escolo Oubernhato » crée par Vermenouze et filiale du « félibrige » de Mistral. Ses poèmes sont régulièrement publiés dans « Lo Cobreto ». En 1929 il publie son premier livre « Lo Glaibo Mairalo », hymne à la terre natale et une pièce de théâtre. En 1926 il obtient 2 premiers prix aux Jeux Floraux. En 1930, l'ensemble de son œuvre lui vaut les Palmes Académiques. En 1936 il est nommé Officier de l'Instruction Publique.
Au cours de ces années il fréquentera tous les poètes et écrivains locaux : Eugène Pagès, Dommergues, Courchinoux, Etienne Marcenac, Camille Gandilhon Gens d'Armes, etc.
Le poète était aussi un grand amuseur : dans « Lou Permis de Counduire » il nous raconte son premier affrontement avec le modernisme. Son dernier livre « Historios de toutos menos » regroupe des poèmes bucoliques et des nouvelles humoristiques.
Depuis 1970 il repose au cimetière de Marmanhac, face à sa maison de famille.
Sa fille, Odette PRAX LEJOLY et sa petite fille Nicole MAZELIER habitent toujours Mézergues.
Plus j'y pense, plus j'en parle et plus les noms me reviennent : Emile Benech (Mont Durel), Auguste Bancharel (Reilhac), Jean-Marie Gaston (Vercuères).
Tu vois tous ces gens sont sortis d'ici, comme on dit, de la vallée de l'Authre, ou bien y ont vécu et ils ont porté loin la fierté de notre terroir ! C'est pour ça qu'on l'appelle la vallée des poètes ! Ils sont poètes parce qu'ils ont écrit des poèmes.
MAIS MAMAN, C'EST QUOI EXACTEMENT UN POEME ?
J'aurais du m'en douter, avec les enfants, une question en entraîne toujours une autre…et l'insatiable curiosité de ma fille pousse toujours plus loin les explications.
Il me semble que j'ai toujours su ce qu'était un poème, et pourtant il y a de la poésie dans tellement de choses qui ne sont pas des poèmes…j'ai lu des pages entières de proses qui étaient de la pure poésie, j'ai vu des paysages ou écouté des musiques qui en étaient si proches...
Mais ma fille est comme le petit prince de St Exupéry, tant qu'elle n'a pas de réponse, elle repose les questions… en boucle… impossible de se défiler…
Un poème naît d'une rencontre, d'une promenade solitaire, d'un regard attrapé au détour d'une rue, de la découverte d'un paysage, d'une prise de conscience, d'une perte, d'un amour, d'une douleur, d'une errance.
Vous l'aurez compris les poèmes sommeillent en chacun de nous, au détour de chacune de nos vies. Le tout est d'essayer, d'oser… coucher sur le papier les émotions qui nous submergent.
Pour aimer le poème, il faut d'abord aimer les mots, mais il faut aussi aimer la musique.
Un poème n'a pas pour objet de faire passer un message direct et froid, comme le font les publicités ou les discours, mais de faire partager un ressenti. Un poème, c'est le fond et la forme qui s'entremêlent dans les lignes, c'est les yeux, la main et le cœur du poète.
Nous y voilà…le cœur…le poème est une respiration !
Un poème prend la forme de celui qui l'écrit, de celui qui le lit et qui le dit à haute voix. Les mots sur le papier se réinventent dans les yeux du lecteur et se transforment à nouveau dans la bouche de celui qui prend la peine de le dire.
Lisez les poèmes à haute voix, vous entendrez alors le pouvoir magique des mots mis en musique par votre voix et votre respiration et vous ressentirez la part importante du rythme qui donne tout le relief au texte !
Un poème c'est un espace de liberté, mais aussi un laboratoire du langage, un lieu de subversion qui brise les codes et les cadres habituels.
En poésie tout est permis ! On peut TOUT dire et de TOUTES les façons, puisque c'est d'émotions qu'il s'agit !
Arthur Rimbaud
Cependant, comme pour les autres formes d'art, si la lecture d'un poème semble fluide et facile, sa conception est le plus souvent issue d'un long travail d'orfèvre qui obéit à quelques règles, la versification, dont voici les bases principales.
- Les différents types de rimes, c'est un peu le guide michelin de la poésie, qui distribue les étoiles aux poètes qui se sont le plus décarcassés…
- La prosodie (c'est-à-dire le décompte syllabique)
Ce travail de conception n'a guère d'effet sur la qualité émotionnelle ou littéraire du texte, il permet surtout de repérer un auteur ou une époque car chaque poète a choisi, innové ou déjoué ces règles qui doivent d'abord servir de piédestal aux mots et aux émotions. Mais il est vrai qu'un poème est un harmonieux alliage de lettres sur fond de mathématique !
J'ai choisi pour illustrer les différents styles, des poètes références et des vers célèbres que je vous invite à découvrir plus en profondeur durant les longues soirées d'hiver qui ne manqueront pas d'arriver...
Les types de rimes
Tout le monde sait ce qu'est une rime : un jeu sur les sonorités identiques répétées à la fin d'au moins deux vers. Tous les enfants ont au moins une fois joué au poète avec le fameux « poil au nez ! » ou « poil au bras ! »
Donc au départ rien de compliqué. Puis au fil de l'histoire, les poètes ont peu à peu défini les règles qui régissent le maniement de la rime. On peut distinguer deux notions essentielles : la disposition et la richesse des rimes.
La richesse d'une rime est déterminée par le nombre de sons communs qu'elle porte et par son genre (masculin ou féminin).
Rimes suivies : AABB
Les rimes sont suivies (ou plates) quand elles se suivent directement.
Exemple :
"Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, (A)
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ? (A)
Que le jour recommence et que le jour finisse, (B)
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice..." (B)
(Jean Racine, Bérénice)
Les rimes sont croisées en cas d'alternance deux par deux.
Exemple :
"Voici plus de mille ans que la triste Ophélie (A)
Passe, fantôme blanc sur le long fleuve noir (B)
Voici plus de mille ans que sa douce folie (A)
Murmure sa romance à la brise du soir." (B)
(Arthur Rimbaud, Ophélie)
Mais aussi : L'albatros de Charles Baudelaire, Mon bras pressait ta taille frêle... de Victor Hugo, Sensation de Arthur Rimbaud, Les pas de Paul Valéry etc.
Rimes embrassées : ABBA
Une rime est embrassée quand elle est encadrée par une autre.
Exemple :
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, (A)
Assise auprès du feu, dévidant et filant, (B)
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant : (B)
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle ! » (A)
(Pierre de Ronsard, (Sonnet à Hélène)
Mais aussi : La Tzigane de Guillaume Apollinaire, L'horloge, Harmonie du soir et Correspondances de Charles Baudelaire, Heureux qui comme Ulysse de Joachim du Bellay etc.
Une rime est féminine lorsque la dernière voyelle accentuée est suivie d'un e caduc, c'est-à-dire un e muet. Il peut se lire : e, es, ent.
Exemples : absence, âges, dorment etc.
Une rime est masculine lorsque le mot final se termine par toutes les autres terminaisons.
Exemples : dehors, amour, félicité, ouvert, tombeau etc.
Dans toutes les formes « traditionnelles » de poésie (le sonnet par exemple), les rimes sont organisées selon un principe d'alternance entre rime féminine et rime masculine.
Exemple :
"Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ? (rime masculine)
Que le jour recommence, et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice... (rime féminine)
(Jean Racine, Bérénice, Acte IV, scène 5)
Une rime est pauvre quand il n'y a qu'un élément vocalique commun (la dernière voyelle) ou quand il s'agit d'une simple proximité phonétique, on peut alors parler d'assonance.
Exemples :
Voie / joie : rime pauvre
Foire / toile : assonance
"Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !"
(Il pleure dans mon cœur, Paul Verlaine)
Une rime est suffisante lorsqu'il a deux phonèmes en commun, dont la dernière voyelle.
Exemples : boire / gloire
"Dieu parle, il faut qu'on lui réponde
Le seul bien qui me reste au monde..."
(Tristesse, Alfred de Musset)
Une rime est riche lorsqu'elle contient trois phonèmes en commun ou plus, dont la dernière voyelle.
Exemple :
« Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés. »
(Paul Valéry, Les pas)
LA PROSODIE : UN, DEUX, TROIS, ON COMPTE SUR SES DOIGTS !
J'adorais ce jeu quand j'étais enfant et ma fille aujourd'hui ne boude pas son plaisir. Pour l'instant peu importe le sens, elle récite les vers en scandant les mots et vérifie sur ses doigts si le poète ne s'est pas trompé… « Je chan-tais-ne-vous-dé-plaise ! ça fait 7 ! Vous-chan-tiez-j'en-suis-fort-aise ! encore 7 ! et-bien-dan-sez-main-te-nant ! 7 aussi ! » Ca marche !
Et oui ! ça marche ! parfois c'est moins évident, le vers se fait plus hermétique, le rythme dérange…chez certains auteurs, comme Alfred JARRY, le choix de la rupture de rythme permet de faire ressentir le tourment, ou de mettre certains mots en exergue.
Dans tous les cas le choix de la prosodie définit la mélodie du texte.
Commençons par le commencement : n'ayez pas peur des mots, c'est juste du grec…en pratique c'est très simple. Il suffit de savoir compter jusqu'à douze !
Le monosyllabe(vers de 1 syllabe),le dissyllabe(2 syllabes) et le trisyllabe (3 syllabes) sont extrêmement rares.
Exemple :
" Pris
dans l'eau calme de granit gris,
nous voguons sur la lagune dolente.
Notre gondole et ses feux d'or
dort
lente.
Nef
dont l'avant tombe à pic et bref,
abats tes mâts, tes voiles, noires trames;
glisse sur les flots marcescents
sans
rames..."
(Alfred Jarry, Les Minutes de sable mémorial)
Le tétrasyllabe (vers de 4 syllabes) est souvent utilisé dans une décomposition en plusieurs vers de l'alexandrin : 4/4/4. évidemment 3 fois 4 égale 12 ! je vous l'avais dit c'est mathématique !
Exemple :
"La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée..."
(Paul Verlaine,La lune blanche luit dans les bois)
Le pentasyllabe (vers de 5 syllabes).
Exemple :
" Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil. "
(Arthur Rimbaud, l'Éternité)
L'hexamètre (vers de 6 syllabes) est le plus souvent utilisé comme une moitié d'alexandrin.
Exemple:
"Semez, semez la graine,
Je connais la chanson
Que chante la sirène
Au pied de la maison..."
(Robert Desnos, Siramour)
L'heptasyllabe (vers de 7 syllabes) est très rare. Il a très souvent été utilisé par Paul Verlaine qui revendiquait sa préférence pour les vers impairs.
Exemples :
"Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera,
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera."
(Paul Verlaine, En sourdine)
Paul Verlaine
Exemple:
"Je ne crains pas les coups du sort,
Je ne crains rien, ni les supplices,
Ni la dent du serpent qui mord,
Ni le poison dans les calices,
Ni les voleurs qui fuient le jour,
Ni les sbires ni leurs complices,
Si je suis avec mon Amour."
(Germain Nouveau, Amour)
L'énnéasyllabe (vers de 9 syllabes) a souvent été mis à l'honneur par Verlaine, adepte, nous l'avons vu, des vers impairs.
Exemple:
" De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse et qui pose."
(Paul Verlaine, Jadis et Naguère)
Le décasyllabe (vers de 10 syllabes).
Exemple:
" Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux ! "
(Paul Valéry, Le cimetière marin)
L'hendécasyllabe (vers de 11 syllabes).
Exemple:
"Ce soir je m'étais penché sur ton sommeil.
Tout ton corps dormait chaste sur l'humble lit,
Et j'ai vu, comme un qui s'applique et qui lit,
Ah ! j'ai vu que tout est vain sous le soleil !"
(Paul Verlaine, Jadis et Naguère)
12 ! L'alexandrin
Le vers de douze syllabes ou plus communément appelé alexandrin est un vers parfaitement équilibré. Il comporte en effet un temps fort sur sa sixième syllabe qui scinde le vers en deux parties égales (de six syllabes) que l'on nomme hémistiches. Cette coupe entre les deux hémistiches s'appelle la césure.
L'alexandrin est considéré comme le grand vers de la poésie classique, c'est d'ailleurs le seul qui ait un nom propre. L'Alexandrin est aussi le vers préféré de la tragédie.
"Ce soir, la lune rêve / avec plus de paresse
6 syllabes / 6 syllabes
Ainsi qu'une beauté, / sur de nombreux coussins
6 syllabes / 6 syllabes
Qui d'une main distraite / et légère caresse
6 syllabes / 6 syllabes
Avant de s'endormir / le contour de ses seins..."
6 syllabes / 6 syllabes
Charles Baudelaire Les Fleurs du Mal
La mélodie est douce, voluptueuse, lascive…
Mais au-delà de ces quelques règles, la poésie est avant tout un rapport différent au monde, un état d'esprit, une attitude. Elle est le lien commun entre tous les artistes quelle que soit leur formation ou leur art, du peintre au sculpteur, du joueur de guitare au danseur de flamenco, de Baudelaire à Brassens, de Dali à Grand corps malade.
Les poèmes sont de purs moments de magie… Ils font partie des lectures qui nous modifient en profondeur. Ils peuvent toucher l'âme de celui qui les croise même sans y être initié.
Ecrire un poème c'est jouer avec les mots, les sons et le rythme pour retrouver et fixer l'émotion. Chacun d'eux est comme un petit bijou unique.
Ecrire un poème, c'est devenir un « alchimiste » comme disait Rimbaud.
Lire un poème pour soi, c'est entrer dans l'histoire des sentiments, du trouble, de l'émotion, du voyage intérieur. C'est un moment que personne ne pourra vous voler.
Lire un poème à quelqu'un d'autre, c'est ouvrir une partie de son cœur, c'est créer un lien entre les âmes, c'est un partage intime… alors enivrez-vous de ces lectures sans modération et entrez au plus profond de l'âme des poètes…chut…ma fille s'est endormie, je suis sûre qu'elle fait de beaux rêves, jusqu'à sa prochaine question…

Commentaires
le 03/01/2010 à 15:08:16